Rubus fruticosus

l’élan de la friche

La ronce déborde au delà des ganivelles, se déploie sur et sous les bancs, colonise les espaces vides, rampe sur le béton, se faufile entre les tiges des genêts. Son piquant et sa vigueur sont redoutés mais protègent. Plante pionnière sans équivalent, elle entraîne la friche dans son élan.

On la trouve très fréquemment, voire systématiquement, dans les friches mais aussi en abondance dans les lisières forestières, les clairières, le long des chemins, etc. Partout,  son feuillage épais et serré ombre parfaitement le sol et protège de l’ensoleillement direct. Vivace prolifique, la décomposition rapide de ses feuilles et de ses tiges améliore sensiblement le terrain. Sur les sols accidentés, son système racinaire et ses multiples tiges ralentissent la force érosive de l’eau. Partout où elle croît, la ronce met en place les conditions idéales pour l’installation d’arbres et d’arbustes. On la nomme berceau du chêne en Lorraine ou mère du hêtre en Normandie, et ce n’est pas pour rien: la ronce favorise l’évolution vers un écosystème forestier.

Dans une friche, sa forte présence amorce un stade transitoire que l’on qualifie d’armé. Il se caractérise par l’apparition des premières espèces arbustives. Peu visibles au milieu des masses touffues et piquantes que forment ronce, églantier, genêt, ajonc, elles prendront petit à petit le dessus, formant une nouvelle canopée sous laquelle la ronce disparaitra d’elle-même.

En attendant, elle est extrêmement efficace et redoutable: tout terrain, à la fois buissonnante, grimpante et couvre-sol, sa capacité d’expansion semble sans limite. Son secret ? Une multiplication végétative exponentielle alliée à une hormone de croissance.

D’abord, la ronce marcotte de façon quasi-systématique, par enracinement de l’extrémité des tiges.

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Année 1: un nouveau pied de ronce produit à partir de sa souche ligneuse de longs rejets (d’une longueur moyenne de 3m) appelés turions ou sarments.
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Année 2: De nouveaux sarments apparaissent. Les sarments de l’année 1 portent les boutons floraux puis les mures. À l’automne, certains sarments de l’année 1 s’arquent vers le sol . Dès que leurs extrémités atteignent la terre, des racines adventives se forment: la plante marcotte.
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Année 3: Une nouvelle souche s’est développée à partir du sarment marcotté. Les sarments de l’année 1 meurent mais l’expansion continue.

Elle est également douée d’un fort pouvoir drageonnant. Lorsque ses parties aériennes sont attaquées, par les cerfs et les chevreuils qui s’en nourrissent ou par l’homme qui cherche à s’en débarrasser, la dormance des bourgeons situés sur ses racines est levée et la plante repousse de plus belle.

Enfin, il faut s’en méfier comme de l’eau qui dort après un débroussaillage peu rigoureux. Les morceaux de sarments laissés sur place et un peu enterrés ou complètement enfouis sont autant de nouvelles boutures. La ronce cumule donc trois modes de multiplication végétative. En outre, les probabilités de réussite sont maximisés par la présence dans la plante d’une puissante hormone de croissance. C’est pourquoi, une fois installée, il est difficile, voire vain, d’espérer la déloger. Le jardinier futé a su tirer parti de la chimie à l’origine de cette vigueur exceptionnelle : le mélange de certaines parties broyées de la ronce à de l’eau de pluie est réputé stimuler les plantations et les boutures.

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Grâce à ces facultés, la ronce peut coloniser facilement un espace qu’il soit nu ou occupé par d’autres plantes peu compétitrices. En repoussant sur elle-même, la ronce se transforme rapidement en un roncier, impénétrable pour certains et protecteur pour d’autres. Outre les jeunes arbres, la petite faune trouve ici un refuge et une source de nourriture non négligeable. Les lapins, les hérissons, les passereaux peuvent y établir leurs terriers et leurs nids à l’abri des prédateurs. Le renard, le putois, les blaireaux, le merle, la grive se régalent de ses baies et participent activement à la dissémination des graines (dans leurs excréments): on nomme cela l’endozoochorie. Le pouvoir de germination de la graine est d’ailleurs plus élevé une fois qu’elle est passée par le tube digestif des gourmands.

Mais ce n’est pas tout: la ruse de la ronce est telle, qu’elle peut se passer de fécondation pour produire ses baies. Cette particularité, nommée apoximie, permet certes de fidéliser un public vorace mais a l’inconvénient d’appauvrir le patrimoine génétique de l’espèce…

Récolterons nous bientôt des mûres place des quais ? Pas sur… Nous aurions du voir cette année les premières fleurs. La ronce ne fructifie régulièrement et abondamment que dans les haies, les clairières et les coupes forestières récentes.

carpelle ronceLa ronce appartient à la famille des Rosacées, bien connue pour sa production de fruits savoureux (poires, prunes, pommes, pêches, cerises, fraises, amandes, abricots, coings, nèfles, etc.), dont certains s’acquièrent difficilement. La mûre est de ceux là: que d’acrobaties pour éviter les tiges piquantes de la ronce!  Le mot « ronce » serait d’ailleurs issu du latin « rumicis » ou « rumex », signifiant « dard ». Un nom bien mérité.

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Beaucoup d’informations ont été trouvées sur ce blog et dans l’article de L. Wehrlen, La ronce (Rubus fruticosus L. agg.) en forêt.

On peut aussi retrouver des histoires de ronces, dans le blog de Véronique Mure, botaniste,  notamment celle du diable qui cracherait sur les mûres chaque année  le 11 octobre : https://www.botanique-jardins-paysages.com/histoires-de-mures/

 

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