Les graminées

omniprésentes méconnues

Si les chardons, profus et vigoureux, avaient presque défrayé la chronique l’année dernière, ce sont des vedettes plus discrètes qui ont ravi la place et occupé l’espace cette année: les graminées. Leur foisonnement en fait une masse indistincte que nous réduisons, à tort, à de l’herbe. Petit éclairage sur une famille botanique méconnue…

méconnue… ou presque ! car la famille des graminées est mondialement réputée dans nos assiettes: blé, riz, maïs notamment, mais aussi canne à sucre et autres plantes fourragères contribuent directement ou indirectement à notre alimentation. Place des quais, on trouve de l’avoine (Avena sativa), parfois barbue (Avena barbata), et certaines qui essaient de se faire passer pour d’autres, comme le piptathère avec ses airs de millet (Piptatherum miliaceum).

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De gauche à droite: piptathère faux millet (Piptatherum miliaceum), avoine cultivée séchée (Avena sativa) et avoine barbue (Avena barbata) sont des graminées communes.

Les graminées possèdent toutes des feuilles étroites, à longues nervures droites et parallèles. Leurs tiges cylindriques, appelées chaumes, sont creuses, sauf à l’endroit des articulations, appelées nœuds.  Si ces caractéristiques permettent de distinguer assez aisément les membres de cette famille – que la science appelle désormais poacées – des autres groupes du règne végétal, déterminer précisément chaque espèce est un travail de fin limier. L’enquête peut commencer en identifiant le type d’inflorescence de l’échantillon:  est-ce un épi, un racème ou un panicule? ce n’est que la première d’une liste de questions, probablement longue, dont les réponses ne pourront souvent être données que loupe en main, tant elles portent sur d’infimes détails morphologiques.

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Les trois principaux types d’inflorescence chez les graminées.

Troisième famille la plus répandue (spontanément) en France (après les astéracées et les rosacées), les graminées sont de redoutables compétitrices. Primo, elles montrent de remarquables capacités pour s’accaparer la lumière, l’eau, les nutriments. Secundo, elles se multiplient avec une grande facilité, à l’aide de racines traçantes et/ou d’une profusion de graines. La friche des quais ne fait pas exception, elle en regorge. Les graminées ont gagné tous les espaces disponibles. À tel point que nous nous sommes posés la question de leur contrôle.

La masse végétale constituée par les graminées sur les premiers centimètres au-dessus du sol empêche les graines d’autres plantes d’entrer en contact avec celui-ci et donc de germer. Lorsqu’elles se décomposent, elles modifient la composition du sol et favorisent l’installation d’autres espèces nitrophiles, généralement plus communes et moins variées que celles affectionnant des sols plus pauvres. Le foisonnement incontrôlé de graminées tendrait donc in fine à limiter la diversité végétale de la belle friche des quais. C’est pourquoi, nous avons choisi de surveiller et d’agir sur cette matière: nous avons défini des zones de maintien et des zones d’arrachage systématique des graminées. En préservant des espaces dégagés et pauvres, nous permettons à une flore plus spécialiste de s’installer et de s’exprimer.

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Avril 2018, îlot 1, les avoines apparaissent comme une imposante masse vert clair dense. Elles poussent principalement là où les chardons marie se situaient l’année dernière. D’ailleurs, les nombreuses rosettes de ces derniers n’ont pas produit l’explosion attendue tant les tiges ont eu du mal à émerger.
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Fin mai 2018, îlot 1, le jaune séché des avoines annonce l’été. Même morte, toute cette matière végétale continue d’accaparer l’espace disponible et entrave le développement d’autres espèces moins compétitrices.

Si une grande partie des graminées se fond dans une masse herbeuse indistincte, certaines espèces sont plus singulières. Deux d’entre elles, en particulier, restent remarquables, même sèches, dans l’îlot le plus proche des Grandes Tables.

La sétaire d’Italie (Setaria italica) est une annuelle pouvant mesurer jusqu’à 1m de haut. Ses inflorescences longues et denses se remarquent de loin. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il s’agit de panicules compacts et non d’épis: on parle de panicule spiciforme (presque en forme d’épi). Elle est principalement cultivée en Asie, où elle contribue à l’alimentation humaine comme céréale secondaire et à l’alimentation animale, pour son fourrage et ses graines, très appréciées des oiseaux de volière.

Le sorgho d’Alep (Sorghum halepense), est une vivace de taille presque humaine, dont on distingue encore nettement les tiges, bien que ses inflorescences se soient déplumées. Originaire du bassin méditerranéen, cette plante vivace est considérée dans de nombreux pays comme une envahissante nuisible des cultures, dont il est vraisemblablement difficile de se débarrasser. Outre sa toxicité pour les herbivores, la plante développe un puissant système de rhizomes, très expansif, qui lui permet de se répandre et de repousser après une fauche ou un arrachage partiel, à l’image du chiendent de nos jardins. Redoutable!

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